JUIN 2024

Éditorial par François-Marie Héraud

S’agenouiller

Sans cesse, le bonheur m’attire. Je le cherche tous les jours. Que ne ferais-je pas pour le posséder, l’engranger ? Mais si souvent, sans l’avoir atteint, je me couche déçu. Fatigué, je ne parviens pas à le tenir dans mes mains, à l’emprisonner pour qu’il ne me quitte plus. Il m’échappe et, malheureusement, me laisse souvent encore plus affamé. Demain sera un autre jour où je le chercherai, du matin au soir. De nouveau, j’aurai oublié qu’il est si difficile à saisir.

Et puis, un jour, un jour où il m’aura fallu tant de pas, tant de rires et de larmes, tant de misères et de beaux moments… Un jour, je sentirai en moi, un étrange désir. À ce moment-là, sans pouvoir l’expliquer, je le saurai. Ce sera plus fort que moi. Je n’y pourrai rien.

Ce jour fera de moi un pèlerin. Rien n’aura changé, mais en même temps, plus rien ne sera pareil. Autour de moi, ce sera le même décor, les mêmes routines
et acteurs, mais pas ici, pas à l’intérieur de moi.

Ce jour, devenu pèlerin, je ne ferai pas que marcher à l’improviste, je viendrai. J’apprendrai à dire de nouveaux mots, je voudrai Te les dire : « Me voici ». Et, c’est à genoux que ma route s’arrêtera. À genoux, mais pourquoi ? À genoux pour déposer ce que je porte et qui est trop lourd pour mes épaules usées ; pour dire ce qui m’habite et que seul je connais ; offrir ce que je suis devenu au fil des ans et que même mon miroir ne peut montrer ; présenter mes rêves déchus de jeunesse et ceux qui brillent encore même s’ils sont enfouis bien loin.

« De tout ton coeur, fais confiance au Seigneur, ne t’appuie pas sur ton intelligence. Reconnais-le, où que tu ailles, c’est Lui qui aplanit ta route. »
(Proverbes 3, 5-6)

Et puis ce jour cessera d’être un demain pour devenir un aujourd’hui, cet aujourd’hui. À genoux, je me retrouve. Je suis là. Là pour écouter ce silence qui m’enveloppe, m’envahit. J’ose prendre une pause pour suspendre mes quêtes inlassables, souffler et sourire. Sans attente ni désir, je peux ressentir et découvrir combien je suis privilégié, riche de la vie, belle et si précieuse, vie qui m’a jadis été donnée et dont j’ai à prendre grand soin.

À genoux, ici, devant Toi qui connais mon prénom et mon histoire. Toi qui m’accompagnes depuis le tout début, et que, si souvent, j’oublie, j’ignore. À genoux, dans un mystérieux échange, je te rencontre et t’accueille chez moi,  dans mon humble demeure qui est le sablier de mon temps.

Curieusement, lorsque je suis petit et misérable, Tu te montres à moi, m’accueilles, me prends dans Tes bras. Alors qu’une Paix m’envahit, je m’abandonne et me laisse porter par Toi.

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Pas à pas avec le Seigneur par Petite sœur Geneviève Gadbois, Famille Myriam Beth’léhem

S’agenouiller

Étonnante citation ? Serait-ce qu’au fond de chacun s’inscrit cette aptitude d’humilité, cette aspiration à devenir vrai devant le Père et les frères ?S’AGENOUILLER comme un enfant et comme un frère.

J’aime entendre Paul dire aux Éphésiens : « Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom. Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, que le Christ habite en vos coeurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour… » (Éphésiens 3, 4-21)

Lorsque je prie, il m’est naturel de m’agenouiller. Ainsi, je me sens à ma place en présence du Père. Cette attitude me dispose à écouter sa volonté dans mon quotidien. Mais suis-je agenouillée lorsqu’une situation imprévue me surprend et change mes plans ? Suis-je disponible au plan du Père, « agenouillée de coeur » comme Marie à l’Annonciation ?

« L’Homme n’est jamais si grand qu’à genouxdevant Dieu. »
Napoléon Bonaparte (1769-1821)

Soeur Catherine Aubin, o.p. nous dit : « Pour manifester l’intensité de sa clameur, il (saint Dominique) fléchit les genoux encore et encore, il s’agenouille comme Étienne qui prie pour ses bourreaux. (Actes 7, 60) Il se fait petit et se soumet à Celui devant qui il fléchit les genoux. Il remet ainsi sa vie. Par là même, il reconnaît sa fragilité, sa dépendance sa dance et montre la « Source ». Son attitude accompagne son dialogue avec le Christ. Aux genoux du corps correspondent les genoux du coeur, les uns se courbent, les autres suivent le même mouvement. Alors que saint Dominique remet sa force à Dieu, il est rempli de confiance. » (Prier avec son corps à la manière de saint Dominique, Ed. Du Cerf, 2005, p. 100)

Paul poursuit sa lettre aux Éphésiens par une exhortation à la charité fraternelle : « … En toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité ; appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix… » (Éphésiens 4, 2-3) En vivant cela, j’essaie de ressembler à Jésus, agenouillé comme un frère devant ses apôtres, en leur lavant les pieds : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean 13, 15)

S’il peut sembler facile de s’agenouiller près d’un enfant pour le consoler et le caresser ; s’il paraît normal de le faire auprès d’un malade pour lui montrer ma proximité, « plier les genoux du coeur » dans mes relations de famille, de travail ou de loisir est un défi, surtout lorsque je suis contrarié, bousculé dans mes projets ou harangué brusquement …  Alors, je prends le temps d’entrer à l’intérieur pour me recueillir et adorer la présence de Dieu dans l’autre. Je m’agenouille en esprit pour réagir calmement, avec douceur et charité et je retrouve cette paix de l’Esprit.

Seigneur, je m’agenouille devant Toi de corps et de coeur. Merci de m’aider à aimer comme un enfant… comme un frère. Toi qui révèles tes secrets aux tout-petits, fais que j’expérimente la douceur de ton amour qui s’agenouille. Que ma vie soit un vivant reflet de ta miséricorde. Amen !