Septembre 2026

Éditorial par François-Marie Héraud

S'émerveiller

Les Béatitudes sont le chemin proposé par le Christ pour nous conduire au bonheur. Elles sont comme un prisme par lequel nous pouvons filtrer notre vie. L’humilité et la pauvreté y façonnent différemment notre regard laissant de côté notre quête de pouvoir, de possession et de plaisir, mais nous permettant de goûter à ce qui vient de Dieu et qui a de la valeur.

« Le Christ ne se laisse pas posséder. Il ne nous appartient pas. Il se donne, Il est grâce, Il vient et Il part, Il est là et Il n’est plus là. » (Marie-Joseph Conruyt)

En ce sens, n’en est-il pas de même pour la vie de chacun de nous? Nous voulons tant posséder en courant après la richesse, la célébrité et les premiers rangs. Rien ne nous suffit jamais. Nos désirs nous poussent à désirer toujours plus. Et un jour, nous laisserons tout derrière, partirons et n’apporterons rien de tout cela lorsque notre vie terrestre sera terminée.

« Si tu savais le don de Dieu. »
(Jean 4, 10)

La parabole de l’homme insensé nous donne un éclairage saisissant. Un homme riche avait un domaine qui lui avait beaucoup rapporté. Il s’en réjouissait et planifiait son avenir où il pourrait enfin se reposer et jouir de l’existence. « Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. » (Luc 12, 20-21)

Alors, comment être riche en vue de Dieu? Comment engranger ce trésor si différent? Peut-être nous faut-il d’abord changer notre façon de voir, de penser? Car au fond, nous ne pouvons rien faire pour le mériter. Ce trésor nous est donné, il faut simplement l’accueillir, l’accepter et le partager. Le défi est bien là. Reconnaître qu’il vient de Dieu. Cela demande une sérieuse prise de conscience et une grande foi.

Ici, comme pour la femme samaritaine au puits de Jacob, il faut se laisser surprendre, s’émerveiller devant une rencontre inattendue. Alors que le Christ demande à la Samaritaine : « Donne-moi à boire. » (Jean 4, 7) Étonnée, elle entreprend un dialogue qui l’amènera à croire en Lui après qu’Il lui eut dit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jean 4, 10)

À notre tour, émerveillons-nous devant la beauté de la nature, un sourire, un geste de douceur. Cela entraînera nos yeux et notre cœur à découvrir, petit à petit, le plus inouï des cadeaux, la plus prodigieuse des merveilles, la vie que nous avons reçue entièrement gratuitement. Ainsi, nous pourrons commencer à goûter aux mots du Christ : « Si tu savais le don de Dieu. »

Union de prière!

 

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Charles Duval, C.Ss.R. — Archevêque de Grouard-McLennan

Remarquer que ce d'autres ne voient pas

S’émerveiller semble être une autre de ces dispositions de saints et de saintes dont je vous ai déjà parlé dans le passé. Cette capacité de remarquer ce que d’autres ne voient pas, et de se laisser interpeller par ce que Dieu fait dans sa création, chez les autres, et dans notre propre vie. Il est facile de se laisser éblouir par les grandeurs et les évènements à grand éclat. Mais c’est une grâce de se réjouir pour les petites choses du quotidien, les gestes discrets, l’infiniment petit... Dieu y est présent et parfois même bien plus que dans ce que tout le monde remarque. 

Alors que ceux qui savent rire d’eux-mêmes n’ont pas fini de s’amuser; ceux qui savent s’émerveiller n’ont pas fini d’être surpris.

Dieu désire tant avoir une relation intime avec chacun de ses enfants. Toutefois, Il doit demeurer discret afin de ne pas forcer cette relation. Il n’est pas facile pour le Tout-Puissant, de permettre à sa créature humaine de rester totalement libre dans sa relation d’amour avec Lui. Vous le savez, trop facilement, on pense que nous devons faire quelque chose pour obtenir son amour, ses grâces et ses bénédictions. Après tout, qui suis-je pour que Dieu s’intéresse à moi? (Psaume 8) 

« Si l’on réussit à s’habituer à être constamment à l’écoute de ce que Dieu dit, à l’affût de ce qu’Il fait, on réalise rapidement qu’Il est bien présent dans notre monde, qu’Il marche à nos côtés. »

Il doit bien y avoir une attrape! Il est impossible que ce soit si facile. Et pourtant ça l’est. La partie difficile n’est pas d’entrer dans la relation avec Dieu, mais bien plutôt de se battre avec notre chair qui tente de nous en faire sortir, avec l’esprit du monde qui tente de nous décourager, et avec l’Ennemi qui fera tout pour que cela ne dure pas. À nous de choisir, au jour le jour, de garder cette intimité avec Lui.

Si l’on réussit à s’habituer à être constamment à l’écoute de ce que Dieu dit, à l’affut de ce qu’Il fait, on réalise rapidement qu’Il est bien présent dans notre monde, qu’Il marche à nos côtés. C’est une grâce à demander à Celui qui n’attend, que nous lui demandions, pour nous l’accorder.

Sans cette attention à l’émerveillement, Élizabeth n’aurait jamais perçu les mouvements légèrement différents de Jean-Baptiste en son sein qui lui révélait que le Messie était présent en sa cousine Marie. (Luc 1, 42-43) Sans cela, Pierre n’aurait pas pu dire à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant! » (Mathieu 16, 16) Sainte Anne et saint Joachim se seraient découragés alors que Dieu ne leur donnait pas d’enfant. Saint François d’Assise n’aurait pas tout abandonné pour rebâtir l’église qu’il croyait que Dieu lui demandait de rebâtir. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus n’aurait pas découvert la voie facile vers Dieu. Et finalement, tant d’hommes et de femmes cesseraient de croire en un Dieu qui ne semble pas parler.

Ouvrons les yeux, soyons attentifs et laissons-nous émerveiller par ce que Dieu fait.