Octobre 2026

Éditorial par François-Marie Héraud

Accueillir la Providence

Pour sortir de terre, le blé, à partir d’une graine minuscule, devra se frayer un chemin vers la surface, éviter les écueils, rivaliser avec la multitude environnante pour grandir. Naturellement, cela ne s’arrête pas là, il lui faudra affronter jour après jour la chaleur sous le soleil, la pluie torrentielle et la sécheresse qui brûle. Et que dire du vent qui d’un seul coup le brise et le jette au sol. Au terme, si tout va bien, cet épi redonnera une semence à la terre et nourrira les semeurs.

Pour grandir, ne faut-il pas le même courage, la même ténacité et bien plus encore? Faire ses premiers pas, c’est vaciller, tomber et recommencer. Au moment venu, haut comme trois pommes, l’enfant apprendra sur les bancs d’école. Puis à l’adolescence débutera le travail exigeant qui ne suffit pas à rassasier et qu’il faut souvent doubler afin de joindre les deux bouts. Jeune adulte, les mots « Je t’aime » viendront tout changer et mèneront à fonder une famille. Toute la vie, la recherche d’un certain équilibre, du bonheur et de la paix nous occupera.

Devant le vide laissé par les questions sans réponses, les difficultés et surtout la souffrance, nous sommes portés à nous décourager, à critiquer et même à récriminer contre Dieu. Un Dieu, parce qu’invisible, semble absent et nous avoir abandonnés.

« Ma grâce te suffit. »
(2 Corinthiens 12, 9)

Fragiles et faibles, ne sommes-nous pas comme Job? Lui qui, d’un jour à l’autre, a tout perdu. Dépouillé, abandonné, meurtri, il voulait parler à Dieu. « Dieu m’a jeté dans la boue : me voici pareil à la poussière et à la cendre. Vers toi je crie, et Tu ne me réponds pas! » (Livre de Job 30, 19-20)

En colère, Job finira par rencontrer Dieu. Longuement, Dieu le questionnera sur des sujets que seul Lui maîtrise : « Où étais-tu quand j’ai fondé la terre? […] Est-ce toi qui donnes au cheval sa bravoure, qui revêts son cou d’une crinière? […] Est-ce par ton intelligence que l’épervier prend son vol, qu’il déploie ses ailes vers le Sud? […] » (Livre de Job 38 à 41) Alors Job se ravise. Il saisit ce qu’il n’avait jamais compris. Dieu lui révèle qu’Il soutient un univers grandiose, sauvage, complexe et libre. Tout cela le dépassait complètement.

Job aura ces mots remarquables : « Je ne connaissais pas ce qui est trop grand pour moi, des merveilles que je ne comprends pas. C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu. » (Livre de Job 42, 3. 5) Job passe d’un Dieu lointain auquel il croyait par tradition à un Dieu proche qu’il a rencontré. Il comprend alors que la sollicitude divine n’est pas l’absence de la souffrance, mais une présence qui traverse la cendre.

Accueillir la Providence, c’est passer de l’illusion du contrôle autonome à la filiation divine. C’est accepter que nous habitions un monde où le mystère, la nuit et l’épreuve ont une épaisseur que seule la raison ne peut dissoudre.

Que le Seigneur nous aide à nous émerveiller, à goûter sa présence et à accueillir sa Providence!

Union de prière!


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Charles Duval, C.Ss.R. — Archevêque de Grouard-McLennan

Oser demander. Oser recevoir

Le Seigneur est si discret. Il désire pourvoir, mais Il ne nous oblige jamais dans une relation avec Lui. Il espère qu’on le choisira, jour après jour. Et lorsqu’Il pourvoit, c’est encore très discret. On pourrait penser que c’est par le hasard qu’une grâce nous arrive juste au bon moment. On appelle cela la « Providence ». J’aime cette citation d’Albert Einstein qui illustre bien ce trait du Très-Haut : « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito. »

 J’ai vécu cette Providence dans ma vie surtout aux moments où je me retrouvais, tentant de faire la volonté de Dieu, dans des situations où nous étions dans un grand besoin. Les missions avec les jeunes étaient particulièrement remplies de ces moments de grâce. Je crois que le Seigneur en profitait pour enseigner à ces adolescents comment Lui faire confiance en toutes choses. Juste au moment où notre nourriture venait à manquer, et les épiceries étaient loin, les gens, sans connaître notre besoin, arrivaient avec ce dont nous avions besoin. D’autres fois, on ne savait pas qui l’avait laissée sur la table pendant notre absence. 

À quelques reprises, le plus merveilleux est que les jeunes avaient partagé ce qu’ils avaient hâte de manger à leur retour chez eux après la mission, et c’est justement ce qu’on nous avait apporté le lendemain. Le Seigneur a vraiment le sens de l’humour. Vous savez de quoi je parle : lorsque la bonne personne, avec les outils ou les talents dont on avait besoin à ce moment-là, s’était présentée sans qu’on ne l’ait appelée; lorsqu’un chèque inattendu arrivait par la poste pour le montant justement dont nous avions tant besoin…

« Il faut avoir l’humilité d’accepter qu’on ait besoin d’aide et que Dieu l’a révélé à d’autres qui sont heureux d’être les canaux de sa grâce. » 

Dieu ne pourvoit pas nos folies. Il faut rester responsables et ne pas le forcer à combler nos manques. Dans sa grande miséricorde, je l’ai toutefois vu faire cela pour plusieurs personnes. Par contre, les gestes de responsabilité nous habituent à ne pas nous fier à la Providence de Dieu et aux moments où nous sommes dans d’urgents besoins, on ne s’est pas habitués à se tourner vers Lui. Je crois qu’il faut s’entraîner à toujours tout Lui confier et lorsque la vraie sécheresse se présente, notre cœur se tourne spontanément vers Lui.

L’autre problème est que, comme Dieu se fait si discret, on est parfois gênés d’accepter sa Providence. Elle ne tombe normalement pas miraculeusement du ciel. Alors que cela peut arriver, Dieu est Tout-Puissant après tout, Il inspire généralement des personnes. Ce qui peut être intimidant et nous rendre inconfortables. Il faut avoir l’humilité d’accepter qu’on ait besoin d’aide et que Dieu l’a révélé à d’autres qui sont heureux d’être les canaux de sa grâce.

N’ayons pas peur de lui demander, mais aussi de recevoir, quelle que soit la façon qu’Il choisit pour nous combler. Et, comme nous invite saint Paul : « À tout moment et pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, rendez grâce à Dieu le Père. » (Éphésiens 5, 20)