Mars 2026

Éditorial par François-Marie Héraud

Croire

Pour saint Jean de la Croix, la foi n’est pas une adhésion intellectuelle à des dogmes, mais plutôt une disposition de l’être qui accepte de marcher dans l’obscurité pour atteindre ce qui dépasse toute connaissance. Il le dira en des mots remarquables : « Pour venir à ce que tu ne sais pas, tu dois passer par où tu ne sais pas. »

Ici, Marie nous précède tous. Dieu avait besoin d’elle. Son regard s’est tourné vers elle et Il l’a choisie afin de « garder » le mystère de l’Incarnation. Ainsi, Dieu invite, et Marie accueille en se permettant de questionner, puis accepte et devient celle qui permet au plan divin se réaliser.

Élizabeth, sa cousine, parle de Marie en la décrivant avec une profonde lucidité : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur! » (Luc 1, 45)

Croire, c’est précisément cela. Marie s’avance en s’appuyant uniquement sur la certitude que Dieu tiendra parole, qu’Il sera fidèle et ne l’abandonnera pas. Dès lors, en toutes circonstances, Marie tiendra bon et parviendra à voir l’accomplissement de cette promesse qu’elle conserve précieusement en son cœur. 

« Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » 

(Luc 1, 45)

Marie se sait profondément aimée de Dieu. Mainte fois, elle en a reçu les preuves. Elle se fait discrète, effacée, silencieuse, pauvre même, car c’est de Dieu qu’elle reçoit tout. Sa vie incarne l’humilité, cette douce force puisée intérieurement.

Marie voit grandir son Fils et l’accompagne. Témoin, elle est présente jusqu’au bout, jusqu’au crucifiement. Elle ne fuit pas, n’abandonne pas, ne se révolte pas, mais demeure à ses côtés pour qu’Il n’ait pas, en plus, à porter le poids de la solitude. Avec Lui, elle vit la douleur, veille, attend que tout soit accompli et que le matin de Pâques se lève.

Marie demeure fidèle à la Parole donnée par Dieu, à la promesse faite. Chaque jour, elle garde l’espérance et puise sa force inébranlable dans sa foi pour guider sa vie de Nazareth jusqu’au Golgotha.

Aujourd’hui, où es-tu Marie? Osons prendre le temps d’écouter ses paroles, de revoir sa vie. Et alors, peut-être découvrirons-nous qu’elle nous accompagne dans les moments de détresse, de souffrance et de maladie? La Comblée de grâce demeure tout près de nous, debout. Sa présence nous invite à accueillir son Fils dans la foi. Comme à Cana, Marie nous convie à faire tout ce qu’Il dira, à croire comme elle a cru.

Que Marie, notre Mère, nous rassure et nous apporte la paix!

Que le Christ marche en avant de nous afin que nous sachions où poser le prochain pas!

Bon temps de Carême!

Union de prière!

 

 

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Charles Duval, C.Ss.R. — Archevêque de Grouard-McLennan

Croire ce qui est vrai

Il me semble parfois que notre monde a perdu le sens de la vérité. Comme disait Pilate à Jésus le jour de la crucifixion : « Qu’est-ce que la vérité? » Même si un certain chef d’état ose parler de « vérités alternatives », il doit bien n’y avoir qu’une seule vérité. Elle peut être difficile à trouver ou à prouver, mais ce qui s’est vraiment passé subsiste.

Vous avez certainement déjà reçu cette phrase de quelqu’un de votre entourage : « Toi, tu crois à cela, moi je crois à autre chose et c’est correct comme ça. » Il semble que certains croient qu’en pensant que quelque chose est vrai, alors cela doit nécessairement être la vérité.

Personnellement, je ne suis pas intéressé à une vérité, mais plutôt à La Vérité. Pourquoi s’attacher à des idées si elles ne sont pas vraies? Jésus a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » (Jean 14, 6) Encore faut-il croire en Lui et en cette vérité.

Croire : qu’est-ce vraiment? Jésus dira à Thomas qui avait voulu toucher les plaies des clous dans ses mains après la résurrection : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jean 20, 29) Pour Jésus, croire c’est affirmer que quelque chose est vrai, sans l’avoir vu. Et comment alors confirmer que cela est vrai?

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
(Jean 20, 29)

Savez-vous que beaucoup croient encore que la terre est plate? Ces personnes nous diront que les photos des astronautes et leurs témoignages ne sont que des manipulations. Ainsi, l’action de voir peut-être trompeuse. On expérimente cela de plus en plus avec les photos et les vidéos générées par l’intelligence artificielle (IA).

Je suis né dans une famille profondément scientifique. On m’a enseigné à penser et à découvrir le monde par la méthode scientifique : observation, question, hypothèse, expérience. En observant un phénomène, on pose des questions pour essayer de le comprendre; on émet une hypothèse que l’on vérifie par l’expérience. Si l’expérience confirme l’hypothèse, elle devient alors explication (loi scientifique), sinon on retourne à l’observation…

Spontanément, j’utilise aussi cette méthode dans ma foi. On ne peut pas expliquer Dieu par la science, mais Il ne veut pas non plus que nous croyions sans qu’Il nous prouve qui Il est et qu’Il existe. Lorsqu’on se met à Le chercher sérieusement, Il donne assez d’indices pour avoir peu de doutes qu’Il existe vraiment.

Sherlock Holmes disait : « Quand vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable soit-il, doit être la vérité. » (Arthur Conan Doyle, Le signe des quatre) Avec Dieu, cette théorie est plus compliquée par le fait qu’Il travaille beaucoup avec ce que l’être humain considère impossible, mais Holmes nous met certainement sur une piste qui permet de découvrir la vérité de Dieu.

Le chrétien ne croit pas seulement pour croire, mais il cherche la vérité d’un Dieu qui s’est fait tellement présent à nous que nous ne pouvons plus nier qu’Il existe, qu’Il nous aime et qu’Il se veut proche de l’humanité, de chacun et de chacune de ses fils et ses filles. (Jean 3, 16)