Juillet-Août 2026

Éditorial par François-Marie Héraud

Célébrer la vie

Pour célébrer la vie ne faut-il pas en reconnaître le prix, la valeur et en accepter la finitude? 

Parce que la vie est brève, chaque moment revêt une signification unique. Job le disait bien : « L’homme, né de la femme, vit peu de jours, rassasié de tourments; comme fleur, il germe et se fane; tel une ombre, il fuit sans s’arrêter. » (Job 14, 1-2) La fragilité de la vie en révèle l’importance. Job l’exprimera à Dieu avec des mots remplis de force et de lucidité : « Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle. » (7, 7)

Comment mesurer le prix de notre vie? Reçue gratuitement, c’est à travers le prisme de la dignité humaine que son prix infini se laisse découvrir. Une vie non pas superficielle, mais profondément intérieure : « C’est en moi, et non dans les événements extérieurs, que se jouent les grandes options. La vie est belle, je le répète, et c’est un don de Dieu si généreux que nous n’en mesurerons jamais le prix. » (Etty Hillesum)

Et que dire de sa valeur? Un être de chair portera la souffrance en lui-même, dans son corps et dans son esprit. Cette souffrance altère ses jours, l’isole et peut devenir une source de rejet.

« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
(Luc 17, 19)

Dans l’Évangile selon saint Luc, dix lépreux demandent au Christ de les guérir. Avec leurs corps meurtris, ils sont exclus de la société et tristement considérés comme des morts-vivants. Jésus s’arrête devant eux et les guérit. Puis, Il les envoie se montrer aux prêtres afin de pouvoir retrouver leur place parmi la société.

« L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. » (Luc 17, 15-16) Pourquoi revient-il? Les neuf autres se sont contentés de recevoir le miracle et de s’en réjouir. Lui mesure l’ampleur de ce que le Christ vient de faire pour lui et il veut le remercier, le rencontrer.

En retournant, l’histoire ne s’arrête pas là, le Christ, de nouveau, l’accueille. Il lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » (Luc 17, 19) 

À la suite du geste de gratitude initié par le lépreux, le Christ lui présente quelque chose de bien plus grand que la guérison physique initiale. Il lui offre une conscience profonde du salut. À partir de là, le lépreux découvre qu’il a du prix aux yeux de Dieu, qu’il est aimé par Lui, sauvé par Lui. Désormais, sa vie est transformée et ancrée dans un amour qui dépasse la mort, et une paix intérieure que les tempêtes ne peuvent pas détruire l’habite. Le Christ lui permet de retrouver sa dignité humaine et apporte un sens profond à toute sa vie.

À notre tour, comme ce lépreux, croyons. Reconnaissons au fil des jours les guérisons et les grâces reçues du Seigneur. Osons nous agenouiller dans cette demeure qui abrite Dieu en nous et où Il nous attend. Que notre prière se fasse action de grâce! Ainsi nous pourrons célébrer notre vie reçue et si belle.

Union de prière!

 

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Charles Duval, C.Ss.R. — Archevêque de Grouard-McLennan

La vie désirée par Dieu

Cette année, plus que par le passé, j’ai été émerveillé de l’explosion au printemps de la vie. Nous avons eu un hiver très long au nord de l’Alberta et je crois que, dans le fond de mon cœur, je m’étais résolu à ce que la nature ne reviendrait pas aussi fertile cette année. Certaines plantes sont sans doute mortes, me disais-je. Pourtant, comme le lever du soleil à chaque jour, le printemps fut fidèle au rendez-vous, un peu plus tard, mais tout aussi abondant en vie. Comment ne pas célébrer ce grand don de Dieu?

On m’a raconté que le jour de ma naissance, mon père attendait patiemment à l’hôpital qu’on vienne lui annoncer l’arrivée de son premier enfant. Dans ce temps-là, le père n’était pas admis dans la salle d’accouchement et on ne savait pas si l’enfant à naître serait une fille ou un garçon. Tout à coup, il entend du brouhaha à l’autre bout du corridor et la voix de ma mère s’écrier : « Je suis tellement heureuse! J’ai un fils! Oui! J’ai un fils! » Vous devez comprendre que ma mère était infirmière et qu’elle m’a donné naissance là où elle travaillait. Tout le personnel de l’étage la connaissait. Elle finissait toujours le récit en ajoutant que les médicaments qu’on lui avait donnés devaient avoir joué un rôle dans son exubérance.

« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ;
avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré… »
(Jérémie 1, 5) 

Pour un fils, ce récit est une vraie bénédiction. Quelle belle façon de célébrer une nouvelle vie! Que c’est bon de se savoir désiré dès sa conception! Je réalise que ce ne sont pas tous les fils et toutes les filles qui sont accueillis de cette manière.
 
Chaque enfant est désiré et attendu par le Père depuis longtemps : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré… » (Jérémie 1, 5) Il me semble que notre société a perdu ce sens de l’émerveillement et l’importance de la vie humaine qui commence à la conception et se termine à la mort. C’est à nous d’être les prophètes de notre temps par notre façon de célébrer la vie, de la respecter et de la protéger.

Jésus nous appelle à être le sel de la terre et la lumière du monde. (Matthieu 5, 13-14) Notre façon de célébrer la vie aide à apporter la lumière à notre monde. Il ne faut pas être gêné de l’acclamer comme le plus grand cadeau que nous avons reçu. Nous pouvons donner du goût au monde en nous impliquant de différentes manières pour soutenir, aider, servir et soigner ceux et celles qui craignent une naissance, craignent la souffrance, ou se sentent rejetés. Et n’oublions pas que la Création a été donnée à l’humanité pour la gérer et la protéger. À nous de trouver des moyens nouveaux pour prendre soin de la nature en vivant autrement et avec un grand respect pour les dons de Dieu.