Juin 2026

Éditorial par François-Marie Héraud

Se reposer

Pourquoi nous arrive-t-il d’être préoccupés, tendus, épuisés? De tout temps, l’être humain a eu besoin de se reposer afin de restaurer ses forces. Mais pour bien se reposer, ne faut-il pas comprendre l’origine et la nature de notre fatigue?

Dans notre société de performance, le repos est souvent conçu comme une fonction utilitaire afin de retourner rapidement au travail et de rester productif. C’est le repos de la « machine qu’on éteint pour éviter la surchauffe ». 

Cependant, notre fatigue peut parfois être très lourde à porter sans pour autant provenir de notre labeur. Pensons aux choix de vie qu’il faut réévaluer, aux relations pénibles, aux conflits qui perdurent, aux peurs devant l’avenir, à la douleur d’un mot qui n’a jamais été oublié… Tout cela a de profondes conséquences sur nous.

Sur le plan spirituel, le repos fait écho au sabbat divin et à l’invitation du Christ de cesser de nous disperser pour plutôt nous tourner vers Lui. Dans cette attitude, l’être humain arrête de vouloir tout contrôler et solutionner par ses propres forces. Au contraire, il se fait pauvre et humble, afin d’accueillir ce qui lui est entièrement donné par la Grâce de Dieu.

« Déchargez-vous sur Lui de tous vos soucis, puisqu’Il prend soin de vous. »
(1 Pierre 5, 7)

« Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat. » (Marc 2, 27-28) Ainsi, le sabbat devient le moment de s’arrêter pour oser regarder en toute sincérité sa vie et se demander : « Est-ce que ma vie porte les fruits espérés ou est-ce que je me disperse inutilement? »

Le repos, intérieur et profond, demande un immense courage afin de revisiter nos choix et rompre avec nos habitudes. Il demande la lucidité de regarder le vide que l’on cherche à combler de bien des façons, de nommer et d’affronter nos peurs, et ultimement d’accepter de déposer nos fardeaux. Se reposer vraiment implique de devenir libre vis-à-vis nos diverses formes d’aliénations. Sinon, la fatigue ne fait que s’accroitre et nous gruger de plus en plus. 

Comment parvenir à cette liberté qui mène au véritable repos? Aux Noces de Cana, Marie montre le chemin. Elle observe le manque de vin qui risque d’interrompre la fête et s’affranchit d’un fardeau en disant : « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le. » (Jean 2, 5) En se tournant vers le Christ, elle Lui transfère la responsabilité de décider de changer l’eau en vin. En disant aux serviteurs de se placer à l’écoute de Jésus, elle s’efface et quitte le statut de celle qui doit résoudre le problème pour entrer dans le repos de la contemplation. La liberté se joue précisément ici alors qu’elle remet le destin des noces entre les mains de son Fils. Dans une confiance ultime, Marie se décharge sur Lui.

Dans nos vies, avec une grande foi, osons suivre Marie et déchargeons-nous de nos fardeaux sur le Christ, comme Il nous y invite, afin de trouver le vrai repos!

Union de prière!

 

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Charles Duval, C.Ss.R. — Archevêque de Grouard-McLennan

Venez à l'écart

Le verset qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai vu le thème de ce mois est le suivant : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » (Marc 6, 31). J’imagine que je ne serai pas le seul à citer ce verset dans cette revue. Il va vraiment en contradiction avec ce qu’on peut entendre dans le monde : « Je me reposerai lorsque je serai mort. » Ou bien « Il faut se tenir occupé pour ne pas avoir de mauvaises idées. » Suivre Jésus n’est pas évident, et le Seigneur désire qu’on apprenne à se reposer, parce que ce qui s’en vient pourrait être exigeant. Dieu ne s’est-Il pas lui-même reposé le septième jour de la création? (Genèse 2, 2) Il semble y avoir un élément spirituel important dans le concept du repos.

On peut se reposer tout court, ou se reposer en Lui. On peut s’imaginer que la deuxième méthode est bien plus efficace. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos… » (Matthieu 11, 28) Le Seigneur désire être notre force en toutes situations et comprend notre faiblesse. J’imagine qu’elle faisait partie de l’humanité même avant la chute, alors ce n’est pas le résultat du péché. Mais c’est évidemment contre la volonté de Dieu d’abuser de notre corps. Le manque de repos se classe avec les abus d’alcool, de drogues, de nourriture… Le travail et l’occupation peuvent devenir une addiction qui nous tient loin des autres, de Dieu, et de nous-mêmes.

Suivre Jésus est vraiment un acte de constant équilibre que seul le Seigneur peut nous aider à obtenir. Alors que nous sommes invités à demeurer alerte pour le retour du Christ, il faut le faire dans la sagesse de Dieu. Apprendre à concrétiser cet équilibre dans notre vie prend du temps. La sagesse que l’on retrouve dans la Parole de Dieu peut nous y aider. Je trouve que le Psaume 22 est une bonne place pour commencer.

« Lorsque la vie devient trop difficile pour nous et qu’on n’arrive pas à nous reposer, c’est une bonne indication qu’il est temps de se retourner vers Dieu et de se réajuster à Lui. »

Lorsque la vie devient trop difficile pour nous et qu’on n’arrive pas à nous reposer, c’est une bonne indication qu’il est temps de se retourner vers Dieu et de se réajuster à Lui. Sommes-nous fidèles au repos du dimanche et au temps de partage, de communion et d’apprentissage qu’est la messe? Avons-nous des temps de silence dans notre maison et dans notre vie personnelle où Dieu peut nous parler et nous guider? Passons-nous du temps dans la Parole de Dieu pour savoir qu’elle est la volonté de Dieu, comment l’accomplir et comment détecter les mensonges qu’on peut entendre, qui nous découragent et nous éloignent de Lui? Lorsque le monde semble s’écrouler autour de nous, est-ce que notre confiance en Dieu nous permet de vivre la tempête dans la paix?

Cet été, prenons un peu de repos en Lui tout en prenant du temps avec ceux et celles que nous aimons. Nous en serons plus forts durant le reste de l’année qui nous attend et nous serons fidèles à faire la volonté de Dieu.