Accueillir la Providence
Pour sortir de terre, le blé, à partir d’une graine minuscule, devra se frayer un chemin vers la surface, éviter les écueils, rivaliser avec la multitude environnante pour grandir. Naturellement, cela ne s’arrête pas là, il lui faudra affronter jour après jour la chaleur sous le soleil, la pluie torrentielle et la sécheresse qui brûle. Et que dire du vent qui d’un seul coup le brise et le jette au sol. Au terme, si tout va bien, cet épi redonnera une semence à la terre et nourrira les semeurs.
Pour grandir, ne faut-il pas le même courage, la même ténacité et bien plus encore? Faire ses premiers pas, c’est vaciller, tomber et recommencer. Au moment venu, haut comme trois pommes, l’enfant apprendra sur les bancs d’école. Puis à l’adolescence débutera le travail exigeant qui ne suffit pas à rassasier et qu’il faut souvent doubler afin de joindre les deux bouts. Jeune adulte, les mots « Je t’aime » viendront tout changer et mèneront à fonder une famille. Toute la vie, la recherche d’un certain équilibre, du bonheur et de la paix nous occupera.
Devant le vide laissé par les questions sans réponses, les difficultés et surtout la souffrance, nous sommes portés à nous décourager, à critiquer et même à récriminer contre Dieu. Un Dieu, parce qu’invisible, semble absent et nous avoir abandonnés.
« Ma grâce te suffit. »
(2 Corinthiens 12, 9)
Fragiles et faibles, ne sommes-nous pas comme Job? Lui qui, d’un jour à l’autre, a tout perdu. Dépouillé, abandonné, meurtri, il voulait parler à Dieu. « Dieu m’a jeté dans la boue : me voici pareil à la poussière et à la cendre. Vers toi je crie, et Tu ne me réponds pas! » (Livre de Job 30, 19-20)
En colère, Job finira par rencontrer Dieu. Longuement, Dieu le questionnera sur des sujets que seul Lui maîtrise : « Où étais-tu quand j’ai fondé la terre? […] Est-ce toi qui donnes au cheval sa bravoure, qui revêts son cou d’une crinière? […] Est-ce par ton intelligence que l’épervier prend son vol, qu’il déploie ses ailes vers le Sud? […] » (Livre de Job 38 à 41) Alors Job se ravise. Il saisit ce qu’il n’avait jamais compris. Dieu lui révèle qu’Il soutient un univers grandiose, sauvage, complexe et libre. Tout cela le dépassait complètement.
Job aura ces mots remarquables : « Je ne connaissais pas ce qui est trop grand pour moi, des merveilles que je ne comprends pas. C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu. » (Livre de Job 42, 3. 5) Job passe d’un Dieu lointain auquel il croyait par tradition à un Dieu proche qu’il a rencontré. Il comprend alors que la sollicitude divine n’est pas l’absence de la souffrance, mais une présence qui traverse la cendre.
Accueillir la Providence, c’est passer de l’illusion du contrôle autonome à la filiation divine. C’est accepter que nous habitions un monde où le mystère, la nuit et l’épreuve ont une épaisseur que seule la raison ne peut dissoudre.
Que le Seigneur nous aide à nous émerveiller, à goûter sa présence et à accueillir sa Providence!
Union de prière!