Revue Sainte Anne Juin 2018 Sommaire

Éditorial

Novembre 2018 par Lucie Ricard Rédactrice en chef

Une relation haine-amour…

Avec sa petite pluie tannante et parfois ses grosses gouttes froides, avec sa grisaille, sa température qui baisse chaque jour, ses feuilles qui tombent, ses jours trop courts, la dépression saisonnière qu’on y associe et sa référence comme étant le « mois des morts » le mois de novembre se range bon premier dans la liste des mois qu’on aime détester.

Mais la fin de novembre arrive toujours à nous réconcilier avec ce mois, en faisant naître une sorte de fébrilité en nous et dans l’atmosphère en général. Souvent, on y voit arriver la lumière du premier dimanche de l’Avent, la joyeuse surprise des premières chansons du temps des Fêtes à la radio, les décors de Noël, les lumières colorées à l’extérieur et… instantanément, l’anxiété, la tristesse, la lourdeur de novembre cède la place à une joyeuse impatience, un pas plus souple, un sourire plus spontané…

Pour moi, l’attente crée souvent ce sentiment de fébrilité joyeuse. L’attente de l’arrivée de Noël plus particulièrement, mais les vacances, la venue des enfants, une sortie longuement planifiée, des retrouvailles… me font le même effet. On dirait que plus les moments précédents l’événement sont longs, sombres et tristounets, plus le bonheur de voir arriver LE jour est précédé de plusieurs autres petits moments de bonheur. Ces petits moments s’immiscent dans la vie souvent sans qu’on s’en rende compte… on réalise qu’ils sont là, comme par surprise, et déjà, cela nous réjouit d’en prendre conscience. L’Avent, qui mène vers Noël, fait cet effet-là, tout en nous préparant le cœur au retour définitif de la lumière et des réjouissances.

Il ne faut pas détester l’attente et ce qu’elle apporte de morose. Il faut s’en imprégner, lui emboîter le pas. C’est en ne niant pas ses mauvais côtés que l’attente nous révélera ses meilleurs aspects. C’est une sorte de « nettoyage », de « préparation » qui fait partie de la vie. Les neuf mois de grossesse avant la joie de tenir son bébé, les mois de préparation et de soucis qui précèdent un mariage, les mois de réflexion avant de prononcer ses vœux, les mois d’attente près de la terre avant d’en déguster les fruits… Toute attente ajoute de la saveur à l’arrivée de ce qui est attendu. C’est la même chose avec novembre, ce mois peu aimable, mais qui a la très noble tâche de nous préparer à la lumineuse naissance du Sauveur, à la joie qui l’accompagne. Allons-y, plongeons dans novembre avec confiance, confiance que la préparation est en cours pour nous permettre de vivre pleinement ce qui, immanquablement, finira par arriver et confiants que nous ne sommes pas seul dans cette pénombre, mais bien accompagnés par un germe de grande joie qui se prépare à poindre.

Je nous souhaite, à tous, un novembre porteur et riche.

Lucie

 

MATURITÉ SPIRITUELLE

Les 5 remèdes à la tristesse...

Un extrait d’une conférence de Don Carlo de Marchi, paru dans Aleteia il y a quelques mois a fait sensation. Il s’intitule « les 5 remèdes à la tristesse selon saint Thomas d’Aquin ». Nous connaissons tous des jours tristes, des jours où nous n’arrivons pas à faire face à une certaine pesanteur intérieure qui pollue notre esprit et rend difficiles nos rapports avec les autres. Comment surmonter la mauvaise humeur et retrouver le sourire? Je vous présente ici ces cinq remèdes à ma façon.

 

Le premier remède réside dans le plaisir. 

Quels plaisirs? Cela peut paraître un peu matérialiste, mais à l’instar du journaliste Don Carlo, on peut prendre la comparaison du chocolat noir, dont on reconnaît de nos jours l’effet antidépresseur. Même chose pour une bonne bière qui peut faire oublier une journée d’amertume. On dit que Thomas d’Aquin était obèse et aimait bien boire et manger. Rien d’incompatible avec l’esprit chrétien. Un psaume n’affirme-t-il pas que le bon vin réjouit le cœur de l’homme?

 

Le deuxième remède consiste à pleurer. 

Pleurer est parfois le meilleur moyen de s’exprimer et de se libérer d’une douleur devenue suffocante. Pour surmonter la mélancolie, il faut un exutoire, sinon l’amertume s’accumule. Jésus a pleuré sur le sort de ses amis. Le pape François observe que « certaines réalités de la vie ne sont visibles qu’une fois nos yeux lavés par les larmes. Je vous enjoins tous à vous demander : ai-je appris à pleurer? ». Le pape rejoint ici la sagesse biblique : « Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l’allégresse ».

 

Le troisième remède est la compassion de nos amis. 

Parler de sa peine, de sa douleur à des amis en qui on a confiance entraîne un soulagement. Savoir engager une conversation avec une personne accueillante, capable de recevoir nos confidences fait bénéficier de la compassion des autres. Pour cela, il ne faut pas céder à la tentation du repli sur soi. Beaucoup de personnes ont peur de se confier, prétextant qu’elles ne veulent pas déranger. Mais il faut savoir que la compassion est un sentiment naturel. Quel bel exemple n’avons-nous pas dans l’Évangile avec le bon Samaritain! On trouve toujours un bon Samaritain prêt à soulager notre détresse.

 

Le quatrième remède est la contemplation la vérité.

Thomas d’Aquin entend par là que la contemplation de la splendeur des choses, celle de la nature, de la beauté d’un paysage, d’une œuvre d’art, écouter de la musique peuvent être des baumes particulièrement efficaces contre la tristesse. Et j’en sais quelque chose. J’ai le bonheur d’habiter l’une des régions les plus belles de la planète, le majestueux Fjord marin du Saguenay. Combien de fois, dans ma vie, j’ai bénéficié de la compassion du Fjord. Lorsque mes plans se décoloraient ou que la vie me donnait peu de gratification, je suis souvent allé me confier au Fjord avec l’âme d’un enfant qui s’ouvre à sa mère.

 

Le cinquième remède, dormir et faire sa toilette.

Conseil assez surprenant pour un maître du Moyen-Âge. Le théologien affirme que dormir et faire sa toilette sont d’excellents remèdes à la tristesse. Il conçoit qu’un soulagement corporel est utile pour remédier à un mal psychologique. Nous connaissons déjà les propriétés du sommeil. Quant à la toilette, voici un fait. Il y a quelques années un slogan publicitaire a fait la fortune d’un propriétaire d’une chaîne de salons de coiffure. Il clamait : « Recoiffe-moi le moral ». Avoir une « nouvelle tête », bien s’habiller, c’est bon pour le moral. Concluons avec la sagesse biblique qui dit : « Et votre tristesse se changera en joie. »

La tristesse, sentiment automnal, si je peux l’appeler ainsi, ne date pas d’aujourd’hui. Toute la poésie, du Moyen-Âge à nos jours, l’a exprimée de diverses façons. Au dix-neuvième siècle, par exemple, ce sentiment a occupé une grande place chez les auteurs romantiques. Cette forme de tristesse s’appelait le « spleen », sentiment permanent de cafard, voire de « dégoût de la vie », qui envahit l’âme et la laisse dans un état voisin de la déprime. Aujourd’hui, cela s’appelle le « mal de vivre » (ou le « mal-être ») qui prend les formes de la névrose de sens, du burnout, de la dépression, de l’angoisse. Ces états d’âme occupent aujourd’hui une place importante dans la conscience des gens. Plusieurs appellent cela le « vide existentiel ». Dans La joie de l’Évangile, le pape François y fait allusion. Je présente plus loin, dans ma chronique sur l’Église, la pensée du pape à ce sujet. Je vous invite à la lire.