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Revue Sainte Anne Sommaire

 

Éditorial

Juillet 2019 par Lucie Ricard Rédactrice en chef

 

Pèlerins en 2019…

Je travaille sur le site du Sanctuaire, ici, à Sainte-Anne-de-Beaupré. Les pèlerins, je les vois, je les côtoie, je les regarde et je les entends. Je fréquente le site depuis plus de 30 ans et, bien honnêtement, les pèlerins d’aujourd’hui ne diffèrent pas beaucoup de ceux d’il y a 30 ans et, selon moi, pas beaucoup plus de ceux d’il y a 60 ans. L’habillement a changé, oui. Le comportement n’a peut-être plus le même respect que « dans le temps » c’est vrai, et les cellulaires sont omniprésents, mais le fond et la motivation restent les mêmes : on vient voir a sainte Anne pour lui demander son aide, son intercession, pour lui présenter ceux qu’on aime, pour demander sa protection…

Un pèlerin, c’est un croyant qui effectue un voyage vers un lieu de dévotion, vers un endroit reconnu pour son sens sacré et ses demandes reçues souvent exaucées. Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré est l’un de ces lieux. Et les croyants viennent ici parce que, justement, ils croient, veulent y croire ou ont besoin d’y croire.

Un pèlerin, en 2019 tout autant qu’en 1959, est un voyageur qui vient trouver refuge et repos… pour son âme, son cœur et sa tête. Ce que je constate, c’est que les manières ont changé, les protocoles sont parfois oubliés, les méthodes pourraient être discutées, mais au fond, c’est la même démarche, le même besoin, la même soif et ça, sainte Anne l’accueil toujours avec chaleur et les bras grands ouverts. Sans jugement et avec la bonté de la grand-maman qu’elle est.

Cette édition de la Revue Sainte Anne vous présente des modèles de pèlerins de toutes sortes, vous dévoile des démarches, vous rappelle que tous, nous sommes pèlerins à notre façon.

En plus, nous vous présentons une entrevue de type « humain » réalisée avec Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et primat du Canada qui prêchera cette année, la neuvaine en français à la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Cette entrevue a été réalisée par un collaborateur passé de votre Revue, quelqu’un que vous appréciez beaucoup et dont les écrits vous manquent, monsieur Réjean Bernier qui a eu la chance d’accompagner Mgr Lacroix dans un voyage pastoral en Israël et en Terre sainte plus tôt cette année.

Enfin, Robert Lalonde, notre grand voyageur des chroniques de l’Église vivante, nous offre, en plus de son habituel Journal de mission, un papier fort intéressant en lien avec l’esprit du pèlerin.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous assure de mes prières à sainte Anne sur vous tous et ceux qui vous sont chers.

Lucie

 

Collaboration spéciale par Robert Lalonde

 

Moi pèlerin. Dieu, mon gouvernail

On ne nait pas pèlerin, on le devient et on décide chaque jour de poursuivre sa route.

Jeune adulte, je pars à l’aventure « sur le pouce » à la recherche d’un ailleurs meilleur. Beaucoup de voile, pas de gouvernail. Chaque jour, les pensées erronées qui me guident entraînent les mêmes satanés résultats. Comme un enfant capricieux qui veut qu’on s’adapte à lui, je veux changer le monde. Malgré ma persistance, non seulement ne change-t-il pas, mais il empire au rythme de ma faillite intérieure. L’ego mène, l’amour sommeille.

Mon âme missionnaire

Désabusé, je pars sur la côte Est, en enfourchant mon vélo. Malgré mes 50 kilos, je traverse les impressionnantes White Mountains en pédalant comme un enragé. Aucune côte ne me résiste. Après trois jours de route, esseulé, épuisé, je m’arrête au bord du lac Winnipesaukee et m’appuie contre un arbre. Un pêcheur approche. Il me salue. La grâce de Dieu opère.

Étonné de tant de détermination d’un si petit homme, ce pêcheur ose me confier son tourment. Ses deux filles ont des problèmes de toxicomanie. Comme j’en connais pas mal sur le sujet, j’arrive à lui transmettre un message d’espoir. L’espoir brille dans les yeux du pêcheur et la joie trace un sourire sur ses lèvres. Il m’invite à partager son repas. Un ange passe, ma révolte se convertit en ouverture du cœur. Je suis quelqu’un pour quelqu’un. Comme de vieux amis, nous échangeons des confidences.

À mon retour, enthousiasmé par cette expérience, je veux connaître l’Autre. J’offre ma plume à l’éditeur d’un journal régional. Ce dernier me confie une rubrique dont l’objectif est de faire connaître aux lecteurs un sportif talentueux de la région laurentienne. Beaucoup plus intéressé par la personne que par ses exploits, je cherche à révéler aux lecteurs celui qui se cache à l’intérieur du sportif. Mon style singulier surprend, l’humanité contenue dans mes histoires accroche et l’éditeur m’adopte. Cette vision du journalisme me donne des ailes. Dorénavant, mon intérêt pour les autres attise mon âme missionnaire.

Être choisi

Une porte s’ouvre sur un organisme international de charité — Aide à l’Église en Détresse — qui recherche un journaliste pour le bureau canadien. La description de tâches correspond à mes aspirations : donner la parole aux sans-voix, voyager pour venir en aide aux chrétiens pauvres et persécutés partout dans le monde, informer les bienfaiteurs quant aux projets à soutenir… Je postule pour cet emploi.

Deux entrevues auront suffi à la directrice pour qu’elle me choisisse. Être choisi, c’est être considéré comme une personne spéciale, unique, qu’on a envie de connaître et qui inspire confiance. Cette confiance que la directrice me témoigne me donne de l’élan. La corde qu’elle me donne me sert à ficeler de nouvelles stratégies pour sensibiliser les bienfaiteurs canadiens aux besoins des chrétiens les plus démunis.

Je ne suis pas un expert, mais mon cœur reconnaissant déborde de créativité. Peu après mon embauche, j’apprends que mes valeurs et la passion qui m’animaient lors de l’entrevue ont davantage capté l’attention de la directrice que l’étalage des savantes connaissances des journalistes chevronnés interviewés. Avoir été choisi aura été le fondement sur lequel j’ai construit l’estime de moi. Si parfois Dieu semble ne pas choisir ceux qui en sont les plus capables, Il rend toujours capables ceux qu’Il a choisis.

Ma plume de pèlerin

Un an plus tard, je m’envole pour l’Inde avec la responsable de projets pour parcourir les diocèses de Patna, à la rencontre des chrétiens pauvres; l’année d’ensuite, le Moyen-Orient pour connaître la situation des réfugiés syriens en Jordanie ainsi qu’au Liban, de même que celle des Irakiens à Beyrouth. Ces expériences, liées à la formation que je suis à l’Institut de formation humaine de Montréal (IFHIM) où je rencontrerai des religieux et religieuses de partout dans le monde, me transforment au point de décider de prendre ma retraite pour consacrer ma vie à la construction de la paix.

Grâce au soutien de l’IFHIM qui rend possibles mes nombreuses rencontres avec mes interlocuteurs, je pars en pèlerinage dans des pays à lourds défis tels que le Liban, le Rwanda, le Congo, le Honduras et Haïti. À la suite de cette mission qui dure près de six mois, je publie un livre intitulé D’encre et de chair – Voyage chez les bâtisseurs de ponts de paix.

Depuis maintenant quatre ans, muni de ma plume en guise de bâton, et certain que l’amour est dans la relation, je tisse des liens avec les personnes. Leurs témoignages sont l’encre dont ma plume a besoin pour donner vie à leurs histoires… et bâtir la paix.

De décembre 2018 à mars 2019, je fais un pèlerinage qui m’amène au Sénégal et aux Îles du Cap-Vert où j’ai le privilège de faire quelques conférences pour parler de la construction de la paix. Ce pèlerinage me permet de tisser des liens avec des personnes qui m’enseignent l’hospitalité, la solidarité et la simplicité.

De nombreux articles sont publiés à la suite de ce voyage et d’autres paraîtront sous peu. « Écrirez-vous un nouveau livre », me demande-t-on depuis mon retour. Bien qu’il me semble sentir un embryon à l’intérieur de moi, je ne puis dire s’il s’agit de celui d’un livre ou d’une nouvelle mission. Aujourd’hui, je ne cours plus, j’attends que Dieu souffle dans mon gouvernail.