Revue Sainte Anne Sommaire

Éditorial

Avril 2018 par Lucie Ricard

 

Parfum de renaissance

 

C’est un peu particulier d’écrire sur la renaissance alors que ces jours-ci, on accompagne maman dans ses derniers jours avec nous. Du même coup, je trouve que oui, il flotte dans l’air un genre de parfum de renaissance. On voit arriver la fin, la fin des souffrances, des pleurs, des moments pénibles et plus on y pense, plus on voit revenir les souvenirs des jours heureux, des étés doux, des moments familiaux magiques et mémorables ou ceux, tout simples, qui teintaient le quotidien de notre enfance. Et, on sait qu’arrive bientôt le jour de sa grande rencontre avec Dieu et on sait surtout qu’elle la souhaite ardemment cette rencontre et qu’elle s’y est préparée depuis toujours. Alors, malgré la peine et la tristesse, on ressent la joie de savoir qu’elle sera bientôt heureuse, complètement comblée. Si heureuse, en fait, que juste d’y penser on se sent heureux nous aussi. Oui, la mort amène une séparation terrestre douloureuse, mais amène aussi une présence céleste, divine, qui ne nous quittera plus.

L’arrivée du printemps nous fait le même effet de «fin de la mort et retour de la vie sous une autre forme». En lisant ce numéro, vous verrez comment un séminariste étranger ne pouvait pas croire que la vie pourrait revenir après l’hiver, son premier, passé ici. Et quelle a été sa joie exubérante à la vue des premiers bourgeons.  Vous lirez les paroles de l’Hymne au printemps, de Félix Leclerc, qui nous dit si bien que pour apprécier le printemps, il faut avoir vécu la mort de l’automne et de la saison froide. Vous lirez comment un homme endeuillé a retrouvé la joie et redonné vie à son amour en lançant un café bien spécial. Des histoires de renaissance, de foi renouvelée, de bonheurs suivants les peines… c’est ce qui vous attend dans ce numéro rempli d’espoir, rempli de la présence de Dieu dans ce qu’elle a de plus quotidien dans nos vies, rempli d’espérance et de parfum, oui, de vie divine.

Bonne lecture et que Dieu nous bénisse et nous permette à tous et à toutes de bien sentir et ressentir son amour à travers cette nouvelle saison et que sa présence nous aide à voir la vie revenir à travers nos divers deuils et épreuves.

 

 

Au cœur de l’entrevue,

Avril 2018 par Anne Blouin

 

Café à saveur d’amour et d’espoir

 

En ce mois d’avril au parfum de renaissance n’est-ce pas la période toute désignée pour faire l’éloge de la victoire de la vie sur la mort? Pour ce faire, j’ai rencontré M.Denis Bouliane au Café Sobab, son lieu de travail comme technicien depuis une vingtaine d’années. Au cœur du quartier Limoilou, dans une ambiance chaleureuse et odorante de bon café, j’ai savouré le délicieux café Jojo.

 

Comment avez-vous eu l’idée de créer le café Jojo?

 

«J’ai perdu Johanne ma conjointe après un combat contre le cancer de l’ovaire en 2013, il y a cinq ans. J’avais pensé à cette idée il y a longtemps. Après avoir eu beaucoup de peine, j’ai été capable de prendre un certain recul pour lancer un nouveau café à l’image de Johanne». Cette petite idée a pris beaucoup d’ampleur et M.Bouliane se rend compte que cela rejoint le cœur des gens de la région de Québec. «Pendant ses traitements de chimio, tous les après-midi, ma conjointe venait me rejoindre au Café Sobab pour fraterniser avec les employés avec lesquels elle s’était liée d’amitié. Tous l’appelaient Jojo». Sous la supervision de Vanessa, fille du propriétaire Stéphane Babos, et Marie-Émilie, gérante, qui connaissaient Johanne, c’est la compagnie Barista qui a élaboré le mélange. «J’ai voulu qu’on se souvienne d’elle par l’odeur et le bon goût du café mi-noir du Pérou aux notes chocolatées».

 

Où avez-vous puisé la force de vivre la maladie et donner un sens de renaissance à sa mort?

 

M.Bouliane précise que c’est dans l’amour, la charité et la compassion qu’il a trouvé les ressources nécessaires. «Au début lorsqu’on apprend la mauvaise nouvelle c’est le choc, on n’y croit pas. Nous avons traversé plusieurs étapes avant la résilience. Je l’ai supportée, soutenue d’un amour inconditionnel. Lorsqu’elle était à l’étape des soins palliatifs, le personnel médical m’a dit: “Vous l’avez aimé cette femme-là”. J’ai répondu oui et elle en aurait fait autant pour moi. Je l’ai assistée jusque dans sa mort tel que je lui avais promis».

 

De quelle façon la mort vous a-t-elle confronté et amené plus loin?

 

«J’ai dû apprivoiser la mort, cette dure réalité. Il a fallu vivre avec cette idée pendant les trois années de sa maladie. Face à une mort imminente, nous sommes tous démunis».

Cela a changé beaucoup de choses pour Denis Bouliane; le matériel est moins important, les valeurs humaines deviennent essentielles, être présent l’un pour l’autre, s’aimer à l’état pur. «Je me suis vraiment investi pour la cause du cancer en m’impliquant dans l’organisation de la Randonnée de l’espoir et en participant à un projet pilote d’écoute active auprès des conjoints aux prises avec une situation de maladie. Je me suis dit qu’il était urgent de lever des fonds pour la recherche sur le cancer de l’ovaire afin que d’autres femmes puissent être sauvées par la prévention et les traitements».

 

Comment le café Jojo donne-t-il l’espoir et aide-t-il concrètement la cause?

 

«Le café Jojoa été créé pour la garder vivante. Elle était souriante, pétillante, pleine de vie. J’ai été pratiquement cinq ans à pleurer sa mort. Depuis le lancement du café le 23 janvier dernier je célèbre sa vie». M.Bouliane croit qu’elle est encore vivante et réunit des gens au Café Sobab venant de partout dans la région de Québec. «J’ai trouvé un sens à sa mort en créant le café souvenir. La réponse des clients est très encourageante, on en redemande». Avec Camille, fille de Johanne, la mémoire de cette femme d’exception est honorée. «Il y a deux volets à ce café Jojo: volet humain pour faire un clin d’œil à mon amour, volet information et prévention pour donner au suivant».

 

Les valeurs humaines et chrétiennes de générosité, d’altruisme et d’amour ont grandi dans le cœur de M.Bouliane et l’ont poussé à aller au-delà de sa peine. Transformer son deuil en geste humanitaire, n’est-ce pas une forme de mission humaine sur cette terre? N’hésitez pas à aller au Café Sobab pour déguster le délicieux café Jojo et encourager une bonne cause.