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Revue Sainte Anne Sommaire

 

Éditorial

Avril 2019 par Lucie Ricard Rédactrice en chef

L’accueil

Dans ce numéro, nous abordons le thème de l’accueil sous plusieurs de ses formes. On peut accueillir l’autre, accueillir l’adversité, accueillir Dieu, et s’accueillir soi-même. 

Mais l’accueil n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. En partant, juste le mot lui-même pose problème… j’ai 50 ans bien sonnés et, chaque fois que vient le temps d’écrire « accueil » ou n’importe quelle conjugaison de « accueillir », je dois réfléchir, pour vrai, à là où va le u. On dirait que ce n’est jamais, jamais devenu automatique ni spontané; peut-être est-ce pour me rappeler que l’accueil, le véritable accueil, demande et demandera toujours un effort?

Si l'accueil des gens et des visiteurs est quelque chose qui s'apprend, avec des normes et des façons de faire, l'accueil de Dieu, de soi-même et l'accueil de l'adversité sont des apprentissages qu'on doit faire avec, souvent, la foi comme seul outil.

Il faut accepter qu’on est qui on est, comme on est, ce qu’on est et là où on est, pour une raison bien précise. On doit essayer de chercher à comprendre ce que Dieu veut de nous ou ce que Dieu nous veut, et partir de là où on est pour s’y diriger. Puisque Dieu a un grand plan de vie pour chacun et chacune d’entre nous, il nous faut être attentifs et accueillir les signes, les appels, pour suivre le chemin prévu comme étant le nôtre.

Vous lirez, dans la chronique entrevue de Véronique Demers avec Mark Breton, comment ce dernier est absolument certain de se trouver maintenant où il était destiné à aller. Perdre un bras, en route, ne lui a que confirmé, avec le temps, que c’était sa destinée pour plein de raisons que vous lirez. Je suis bien certaine que les premières heures et les premiers jours sans son bras ne lui faisaient pas cet effet-là, mais il s’est mis disponible à accueillir cet événement. Et en l’accueillant, il a découvert sa propre capacité d’accueil vrai… Le reste est une histoire magnifique. Et ça, dans la vie, il y en a par centaines.

Mais il faut s’accueillir soi-même pour pouvoir vraiment accueillir et, pour ça, Dieu est là à chaque pas qu’on veut bien lui laisser faire avec nous.

Bonne lecture,

Lucie

 

MATURITÉ SPIRITUELLE par Sylvie Malaborsa

Que serait le monde sans l’accueil?

L’accueil! Voilà un mot que l’on voit en surbrillance partout. On l’évoque constamment. On invente mille et une façons de l’exprimer. Il fait partie de notre environnement quotidien : centres d’accueil, maisons d’accueil, préposés à l’accueil, etc. Un mot qui est, de plus, fortement associé au phénomène de l’immigration que l’on vit présentement et qui prend une dimension planétaire.

Ce mot n’existe pas par hasard. Il répond à un besoin vital. Que serait le monde sans accueil? Des corps sans âme. Des entités solitaires, sans atomes crochus, vivant dans une sorte de coconnage égocentrique stérile. Plus qu’un sentiment, l’accueil est une véritable dynamique d’ouverture à l’autre et au monde dans toutes ses dimensions. De ce point de vue, il est inséparable de l’amour altruiste qui répond à une conception éthique de la relation à autrui.

Dans un livre éminemment scientifique de près de mille pages, Plaidoyer pour l’altruisme, Matthieu Ricard définit l’amour altruiste comme une manifestation naturelle de la bonté humaine, dont nous avons tout le potentiel en dépit des motivations multiples, souvent égoïstes, qui traversent et parfois dominent nos esprits. Jacques Lecomte partage la même conception de l’altruisme que Matthieu Ricard. Dans son ouvrage sur la bonté humaine, il écrit qu’« à côté des tendances potentiellement agressives sont présentes, et de manière plus importante encore, des tendances à l’empathie, à l’altruisme, à la coopération ». L’amour altruiste existerait en nous comme un déterminisme qui nous pousse à accueillir naturellement l’autre. Or, c’est dans l’horizon de cet amour qu’il faut situer l’accueil, le voyant comme

Marie. Le Pape a invité les jeunes à redire dans leurs vies le « oui » de Marie, qu’il a appelée « l’influenceuse de Dieu ». C’est ce « oui » de Marie qui a d’ailleurs a été choisi comme thème de ces Journées mondiales de la Jeunesse. C’est en osant « dire “oui” et faire confiance à l’amour et aux promesses de Dieu, seule force capable de rendre toutes choses nouvelles », que la Vierge a été « influenceuse ». Il faut dire que cette teinte mariale n’est pas arrivée par hasard, avec une préparation de trois ans sur le thème de Marie. Notons que cela convenait très bien à l’Amérique latine, étant donné que la Vierge Marie fait partie des éléments d’unité du continent.

Questionné sur les JMJ de Panama, le cardinal Marc Ouellet a qualifié la rencontre de « magnifique réussite » sur le plan de l’organisation, de la participation et de l’enthousiasme des jeunes. Il a retenu comme message celui du capital d’espérance extraordinaire qui couve dans la jeunesse latino-américaine. Les jeunes sont repartis plus conscients d’être des agents de transformation sociale et de transformation à l’intérieure de l’Église.

Cela correspond du reste à la pensée du Pape qui a terminé son homélie lors de la messe de clôture avec ce souhait qui résume toute la rencontre : « Que votre oui continue d’être la porte d’entrée, pour que l’Esprit Saint offre une nouvelle Pentecôte au monde et à l’Église ». Quant à nous, chrétiens, nous mettons évidemment toute notre espérance dans ces fruits souhaités pour une Église qui en a bien besoin. Le pape a terminé la rencontre en annonçant que les prochaines Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) se dérouleront en 2022, à Lisbonne.