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Revue Sainte Anne Sommaire

Éditorial

Octobre 2019 par Lucie Ricard Rédactrice en chef

 

Nouvelles traditions

 

Comme mes sœurs et frère, j’ai quitté la maison pour poursuivre mes études après le secondaire. Comme mes parents, je me suis mariée en blanc, à l’église (en fait, à la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, quel privilège !) ; comme tout le monde que je connais, j’ai fait baptiser mes enfants. Comme la société, je décore pour Halloween, pour Noël, je plante des fleurs dans mes plates-bandes au printemps et je sème un jardin. Comme bien des gens, j’ai mes petites habitudes au fil des saisons, des fêtes, des célébrations. Des traditions, les traditions, MES traditions.

Mes traditions et celles de mon mari, qu’on a ajustées, sur mesure, pour qu’elles deviennent « les nôtres » se sont aussi ajustées aux années et aux événements de notre vie et ont ainsi développé leur propre nature, pour devenir, ce qui est une incongruité, de « nouvelles » traditions. Par exemple, pour les fêtes de Noël, au fil des ans et suite au cancer de notre fille, on a préféré, en famille, « prendre ça relax » et les quelques jours de congé qui entourent Noël sont devenus notre temps de pause en famille. Pyjamas, jeux de société, bonne nourriture, films, encore des jeux de société, promenades en voiture pour voir les décorations en ville, fous rires et gros câlins sont au menu. Au fil des années, les enfants ont grandi et se sont ajoutés de beaux moments de discussions, de partage, de réflexion sur la vie en général et sur certains sujets en particulier. Ça peut sembler banal, mais pour nous, la planification de ces quelques jours sans planification c’est NOTRE tradition.

Et oui, en route, on a heurté des gens qui nous aiment et qu’on aime. Mes parents trouvaient cela triste de ne pas nous voir arriver pour plusieurs jours à la maison familiale, comme tout le reste de la famille, mais tous ont fini par comprendre et surtout, tous ont respecté les aléas de la vie qui nous avaient menés là.   Question de couper la poire en deux, on prenait une chambre à l’hôtel le plus près et si on partageait un ou deux repas avec tout le reste de la famille, on retournait dans nos pénates à nous et on replongeait dans notre capsule familiale. Avec les années, mes parents, frère et sœurs se sont faits à l’idée que nous ne serions là que sporadiquement durant les congés. Pour nous, cette « tradition » a permis une transition plus facile suite au décès de mes parents. Pour nos enfants, cette tradition, née de nos désirs spécifiques et ajustée aux événements de la vie, est LEUR tradition, celle à laquelle ils tiennent, celle à laquelle ils ont hâte, celle qu’ils souhaitent reproduire avec leurs enfants. Et eux aussi la modifieront sûrement, pour en faire une nouvelle tradition. 

Faire du neuf avec du vieux, c’est toujours gagnant. Se respecter, se choisir, c’est essentiel, même quand il est question de tradition. Cette édition de votre Revue aborde plusieurs aspects des traditions qui meublent notre vie. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire les divers textes et je sais que vous les apprécierez aussi.

Bonne lecture !

 

Humainement parlant par Jérôme Martineau

 

Regarder sans voir

 

Des personnes, autour d’une table, discutaient de leurs inquiétudes en regard de l’avenir de l’Église au Québec. Comment la promesse de Jésus de soutenir les croyants par la grâce de l’Esprit se traduit-elle dans ces années où le doute jaillit partout ? Les uns y voient l’œuvre du démon alors que d’autres pensent qu’il s’agit des effets de la société de consommation.

Nous oublions que Jésus a dû affronter l’indifférence de ses concitoyens. Nous oublions que sa mission, tout en suscitant l’enthousiasme des uns, a provoqué le refus chez d’autres. Jésus n’a pas cessé de parcourir les villes et les villages de la Galilée en enseignant. Son langage était celui des paraboles ; ces petites histoires avaient pour fonction de susciter les questions qui éventuellement allaient amener les personnes à adhérer à son message.

Une chose est certaine, beaucoup de ses compatriotes l’ont vu sans le voir et ont entendu ses paroles sans les entendre. Ses auditeurs comprenaient, à travers les images des paraboles, ce que voulait dire de mettre en terre le grain ou de rechercher la brebis perdue.

Les paraboles exigeaient cependant de changer le regard de ces gens sur la personne de Jésus. C’est cela qu’il est difficile de comprendre. Jésus n’est pas un roi magnifique ni un chef charismatique redoutable qui soulève une révolution. Non, Jésus s’intéresse au cœur de l’homme. Un cœur à changer. Un cœur appelé à se tourner de préférence vers les pauvres. C’est pourquoi il leur était si difficile de voir et de comprendre.

L’appel de Jésus est encore actuel. Combien d’entre nous espèrent un messie qui confonde les foules par sa puissance ? C’est à ce moment que nous faisons fausse route. Et la parabole qui est utile pour nous faire entrer dans la pensée de Jésus est celle du semeur : la semence est tantôt jetée sur le bord de la route et plus tard dans les épines. À un autre moment, elle est lancée dans de la bonne terre. Elle produit de beaux épis. Jésus termine sa parabole en disant : « Écoutez bien, si vous avez des oreilles pour entendre ! » (Luc 8,8).

Voilà le mystère de l’écoute. L’écoute dont il est ici question est la capacité d’entrer dans le mystère de la vie. Le mystère de la vie n’est pas différent de celui du Royaume. Qu’est-ce qui explique la maigre récolte ou l’abondance des fruits ? Nous pensons qu’il s’agit d’une combinaison d’éléments naturels ; hélas, nous n’en savons que bien peu, puisque de qui dépendent les éléments naturels ?

C’est pour cela que Jésus nous interpelle. Vous pensez avoir la réponse, mais celle-ci habite chez Dieu. José Antonio Pagola a écrit : « La récolte va au-delà des efforts que peuvent faire les agriculteurs. On peut en dire autant du Royaume de Dieu. Il ne coïncide pas avec les efforts que quiconque peut faire. C’est un cadeau de Dieu, immensément supérieur à tous les désirs et les travaux des hommes. Il ne faut pas agir sous la pression du temps. Jésus sème ; Dieu fait pousser la vie ; la moisson viendra, c’est sûr ». À quoi sert notre inquiétude ?